Ce weekend, on passe à l’heure d’hiver. Dans ce contexte, le mot allemand zeitgeber éclaire les signaux qui règlent notre horloge biologique. Mais comment concilier le temps affiché et celui de notre corps?Ce weekend, on passe à l’heure d’hiver. Dans ce contexte, le mot allemand zeitgeber éclaire les signaux qui règlent notre horloge biologique. Mais comment concilier le temps affiché et celui de notre corps?
Dans la nuit du samedi 24 au dimanche 25 octobre, le Liban repassera à l’heure d’hiver. À minuit, les horloges seront reculées d’une heure: il sera de nouveau 23 heures. En Europe, le changement aura lieu la même nuit. Ailleurs, les dates diffèrent: les États-Unis reculeront leurs horloges le 1ᵉʳ novembre, tandis que certains pays de l’hémisphère Sud les avancent au printemps austral. D’autres, comme l’Inde ou le Japon, ne changent pas d’heure.
À quoi sert ce rituel semestriel? Peut-il perturber notre organisme? Et qu’est-ce qui règle notre temps intérieur? Un mot allemand, zeitgeber, nous invite à chercher la réponse du côté de la lumière.
Le «donneur de temps»
Zeitgeber signifie littéralement «donneur de temps»: Zeit, le temps, et Geber, celui qui donne. En chronobiologie, le terme désigne un signal extérieur qui aide à synchroniser l’horloge biologique d’un organisme avec son environnement. Le mot a été introduit dans le vocabulaire scientifique dans les années 1950 par le chronobiologiste allemand Jürgen Aschoff.
Le jour et la nuit en sont les repères les plus évidents. D’autres signaux comptent également: la température, les horaires des repas, l’activité physique ou les habitudes sociales. Leur influence varie selon les organismes et les rythmes concernés. Chez l’humain, la lumière reste le synchroniseur le plus puissant de l’horloge circadienne.

Notre horloge intérieure
La chronobiologie étudie les rythmes biologiques, dont le rythme circadien, qui organise de nombreuses fonctions sur un cycle proche de 24 heures. Ces rythmes sont produits par l’organisme, mais ils s’ajustent aux signaux de l’environnement.
Chez les mammifères, l’horloge centrale se trouve dans le cerveau au niveau du noyau suprachiasmatique, une petite région de l’hypothalamus. La lumière captée par la rétine lui transmet des informations sur l’alternance du jour et de la nuit. L’horloge centrale contribue ensuite à synchroniser les rythmes d’autres organes et intervient dans le cycle de sécrétion de la mélatonine, une hormone associée à la nuit. Les repas et les horaires d’activité peuvent, eux aussi, influer sur certaines horloges périphériques.
Ce système permet au corps d’anticiper les changements réguliers de son environnement. Mais lorsque l’heure officielle est décalée, les horaires sociaux changent brusquement, tandis que l’organisme doit s’ajuster. Le passage à l’heure d’hiver peut ainsi perturber temporairement le sommeil ou le rythme quotidien.
Une heure pour économiser l’énergie?
Benjamin Franklin est parfois présenté comme l’inventeur du changement d’heure. En 1784, alors qu’il séjourne à Paris, il publie un texte satirique sur les économies de chandelles que les habitants pourraient réaliser en se levant plus tôt. Mai il ne propose pas de déplacer les aiguilles.
Le projet de modifier les horloges est défendu en 1907 par le Britannique William Willett, dans une brochure intitulée The Waste of Daylight. Son idée est rejetée à plusieurs reprises par le Parlement britannique. En 1916, en pleine Première Guerre mondiale, l’Empire allemand instaure le changement d’heure à l’échelle nationale afin d’économiser le charbon. Le Royaume-Uni et d’autres pays européens lui emboîtent le pas. Après la guerre, plusieurs pays abandonnent la mesure, avant que les crises énergétiques du XXᵉ siècle ne la remettent à l’ordre du jour.
Le principe est de décaler l’heure officielle pour faire coïncider davantage les activités avec la lumière du soir. Le changement d’heure ne modifie pas la durée du jour : il déplace les horaires auxquels la société s’organise. Au Liban, il est observé depuis 1920. Le régime actuel repose sur une décision du Conseil des ministres de 1998: l’heure est avancée à minuit au passage du dernier samedi au dimanche de mars, puis reculée à minuit au passage du dernier samedi au dimanche d’octobre.
Les économies d’énergie attendues sont aujourd’hui discutées, tout comme les effets du changement sur le sommeil et la santé. En 2018, la Commission européenne a proposé de mettre fin aux changements semestriels. Le Parlement européen a soutenu cette suppression en 2019, avec une mise en œuvre envisagée en 2021. Faute d’accord entre les États membres au Conseil, le projet est resté bloqué: aucun calendrier d’abandon n’a été fixé et le système demeure en vigueur.
Si, deux fois par an, les aiguilles changent de position, notre horloge biologique, elle, continue de prendre ses repères dans les zeitgebers. À l’heure où la vie moderne impose ses cadences effrénées, l’être humain peine encore à accorder le temps des horloges à celui de son corps.